Être un homme aujourd’hui

Et si les règles qui ont longtemps défini ce qu’un homme devait être étaient aussi celles qui, aujourd’hui, l’empêchent d’être lui-même ?

« La plus grande arnaque vendue aux hommes ? Leur faire croire que la vulnérabilité est l’opposé de la virilité, alors qu’elle en est la plus haute expression. »
Portrait de Jessica Derzelle
Le patriarcat

Le patriarcat : l’autre visage d’un héritage

Lorsqu’on parle du patriarcat, on évoque principalement les inégalités, les violences et les discriminations que les femmes ont subies et continuent de subir. Et à juste titre.

Mais il existe une autre réalité qui mérite elle aussi d’être entendue : les hommes peuvent également souffrir des modèles de masculinité hérités de ce système.

« Ces blessures masculines dont on parle si peu. »

Pendant des générations, on leur a attribué des rôles bien définis. Être forts, protéger, subvenir aux besoins de leur famille, réussir, garder le contrôle et ne jamais laisser paraître leurs faiblesses.

Ces attentes, transmises par l’éducation, la famille et la société, ont parfois fini par devenir des règles profondément intégrées, mais aussi une pression silencieuse qui pèse sur certains hommes : celle de devoir constamment être à la hauteur de ce qu’on attend d’eux.

À force de leur apprendre à maîtriser leurs émotions, à dissimuler leurs peurs et à considérer leur vulnérabilité comme une faiblesse, on peut finir par les couper d’une partie essentielle d’eux-mêmes.

Car ressentir, douter, avoir peur, pleurer ou avoir besoin des autres ne sont pas des faiblesses masculines. Ce sont des expériences profondément humaines.

Et lorsque l’on apprend à un homme à se protéger de sa propre vulnérabilité, on peut aussi lui rendre plus difficile l’accès à une véritable intimité émotionnelle avec une femme. Car comment construire une relation profonde, se laisser connaître et aimer pleinement, lorsqu’on a appris à cacher une partie de soi ?

Mais que se passe-t-il lorsqu’un homme ne correspond pas à ces attentes ? Lorsqu’il échoue, qu’il souffre ou qu’il ressent le besoin d’être soutenu à son tour ?

« Certains apprennent à taire leurs difficultés, à porter seuls ce qui leur pèse ou à mesurer leur valeur à ce qu’ils accomplissent plutôt qu’à ce qu’ils sont. »

Le paradoxe est là : un système qui a historiquement accordé davantage de pouvoir aux hommes a également contribué à leur imposer des modèles dont certains souffrent aujourd’hui.

Et si, pour comprendre les difficultés que rencontrent certains hommes, il fallait aussi questionner ce qu’on leur a appris à être ?

Les règles de l’amour

Quand les règles de l’amour changent

Pendant longtemps, les rôles étaient clairement définis : l’homme devait assurer la sécurité matérielle du foyer, tandis que les femmes disposaient de beaucoup moins de liberté pour choisir leur vie amoureuse.

Aujourd’hui, les femmes ont gagné en indépendance. Elles peuvent davantage choisir avec qui elles souhaitent construire leur vie, mais aussi décider de partir lorsqu’une relation ne leur convient plus.

Mais cette évolution bouleverse certains repères masculins. Là où l’on attend désormais davantage d’écoute, de réciprocité et de connexion émotionnelle, beaucoup d’hommes ont grandi avec l’idée qu’ils devaient être forts, indépendants et ne jamais montrer leurs faiblesses.

Et dans cette période de transformation, certains discours masculinistes prétendent leur apporter des réponses. Ils présentent les femmes comme intéressées, manipulatrices ou uniquement attirées par l’argent, le statut social et les performances sexuelles.

Ces caricatures nourrissent une véritable guerre des sexes. Elles peuvent encourager la méfiance, le ressentiment et des comportements de domination, au détriment des femmes comme des hommes.

« Et si la plus grande distance entre les hommes et les femmes n’était pas leurs différences, mais ce qu’on leur a appris à croire les uns des autres ? »

Car à force de leur apprendre à se méfier les uns des autres, on finit par les éloigner de ce à quoi beaucoup aspirent profondément : aimer et être aimés.

LA SÉDUCTION

La séduction : quand l’incertitude remplace la connexion

Ne montre pas trop ton intérêt. Fais-toi désirer. Souffle le chaud et le froid. Ne réponds pas trop vite. Laisse-la douter de tes intentions.

Ces conseils, largement véhiculés par certains discours masculinistes et coachs en séduction, promettent aux hommes de devenir plus attirants en apprenant à contrôler les réactions des femmes.

Mais que provoquent réellement ces comportements ?

L’alternance imprévisible entre attention et distance crée un état d’incertitude dans la relation. Cette incertitude mobilise les mécanismes cérébraux liés à l’anticipation et à la récompense. La personne se retrouve alors à attendre un message, à analyser chaque comportement et à chercher constamment des signes d’intérêt.

« Ce qui occupe son esprit n’est pas la profondeur du lien, mais l’incertitude qui l’entoure. »

Ces techniques ne sont pas des recettes pour construire une relation amoureuse saine. Elles favorisent des dynamiques relationnelles toxiques, où le doute, l’insécurité et les rapports de pouvoir prennent la place de la confiance et de la connexion émotionnelle.

Car l’amour ne se construit pas sur la peur de perdre l’autre, sur des comportements contradictoires ou sur une incertitude volontairement entretenue. Il se construit sur le respect, la sécurité émotionnelle, la stabilité et la réciprocité.

Comment espérer vivre un lien authentique lorsque les premiers échanges reposent sur des stratégies destinées à déstabiliser l’autre ?

La séduction n’est pas une succession de techniques à appliquer pour obtenir l’intérêt d’une femme. C’est une rencontre entre deux personnes, avec leurs personnalités, leurs émotions et leurs ressentis.

Il n’existe aucune formule universelle permettant de créer une connexion authentique.

Se montrer tel que l’on est, exprimer son intérêt sans chercher à manipuler la réaction de l’autre, et accepter que l’attirance soit réciproque ou non : c’est aussi cela, séduire.

LA SEXUALITÉ

La sexualité à l’épreuve des injonctions

Aujourd’hui, la sexualité est trop souvent devenue une performance à réussir plutôt qu’une expérience à vivre.

Aux hommes, on fait croire qu’il faut avoir un pénis suffisamment grand, tenir longtemps, être dominant et toujours savoir quoi faire. Aux femmes, on impose d’être désirables, disponibles et de satisfaire les attentes masculines, parfois jusqu’à simuler un plaisir qu’elles ne ressentent pas.

La pornographie peut renforcer ces représentations. Les corps sont mis en scène, les réactions exagérées, la pénétration et la performance occupent une place centrale. La tendresse, les baisers, les préliminaires et le plaisir féminin y sont souvent relégués au second plan, voire totalement absents.

Lorsque ces représentations deviennent des références dans la vie intime, elles peuvent créer de profonds malentendus.

L’homme cherche à être performant, persuadé que c’est ainsi qu’il donnera du plaisir. La femme, dont les désirs restent méconnus, peut se sentir incomprise. Elle prend ses distances. Lui vit cet éloignement comme un rejet et commence à douter de lui-même.

« Lui souffre de ne pas se sentir à la hauteur. Elle souffre de ne pas se sentir entendue. »

Et c’est ainsi que deux personnes qui cherchent à se rapprocher peuvent finir par s’éloigner, chacune persuadée de ne pas être suffisamment désirée par l’autre.

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